Une hirondelle ne fait pas (vraiment) le printemps

Surprise au Parc du Marquenterre : le dimanche 23 février, deux jeunes observateurs en herbe passionnés d’ornithologie observent une Hirondelle rustique survolant la maison du Parc. Le lendemain, elle est aperçue se reposant dans les ateliers techniques du site où chaque printemps une dizaine de couples nichent. Ce lundi des ornithologues girondins (Joachim et Julie Dufour) en observent une en baie de Somme. 

C’est une des dates les plus précoces en Picardie pour cette grande migratrice qui va passer l’hiver au Congo, en Centrafrique, voire au nord de l’Afrique du Sud. Des oiseaux avaient été observés le 21 février 1990 et le 28 février 1994. À l’échelle nationale, le passage prénuptial débute normalement en mars (2,5% des effectifs sont passés au 11 mars) et s’achève fin mai, avec un pic dans la première décade d’avril. 

Mais les temps changent, et les premiers oiseaux migrent de plus en plus tôt.  Le réchauffement climatique joue certainement un rôle important sur cette avancée, et de plus en plus d’oiseaux – même si ce sont des effectifs encore très faibles – hivernent en Espagne et au Portugal, et dans le sud de la France jusque dans le bassin d’Arcachon. De rares cas de juvéniles nés tardivement peuvent essayer d’hiverner dans notre région, comme ces 4 jeunes mi-décembre 1990 à Saint-Valery, ces 2 autres le 3 janvier 1982 en baie de Somme, ou encore 5 le 10  décembre 2000 et 2 le 21 décembre de la même année à Blangy-Tronville.

Si les conditions sont favorables sur ces sites d’hivernage proches, cela permet une mue plus rapide et une meilleure accumulation de réserves de graisse, rendant la migration de retour plus précoce et rapide. On constate même maintenant à l’instar de l’Afrique du Nord des nidifications hivernales au Portugal ! Mais cette précocité représente néanmoins un grand risque pour ces pionnières. L’hirondelle est strictement insectivore, ne capturant que des insectes volants. Si pendant deux ou trois jours les conditions sont néfastes – le froid certes, mais surtout chez nous le vent et la pluie -, ces oiseaux seront alors condamnés.  

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Alexander Hiley